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Interview Jérémy Bonder

 

Bonjour Jérémy, peux-tu te présenter brièvement et me dire d’où tu viens ?

Je m’appelle Jérémy Bonder, je viens de Cahors, dans le Lot. Je suis un grimpeur passionné et investi dans la compétition de haut niveau depuis mes débuts dans cette activité que j’ai découvert très jeune.

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Comment as-tu découvert l’escalade et pourquoi t’es-tu orienté vers le haut niveau ?

J’ai découvert l’escalade en classe d’initiation en CP et j’ai intégré le club de Cahors Montagne à l’âge de 8 ans. J’ai choisi très tôt, à partir de 11 ans de ne pratiquer que l’escalade comme sport. J’ai rencontré très jeune Laurent Lagarrigue qui a joué un rôle très important dans ma carrière, c’est lui qui m’a aidé à m’orienter vers le haut niveau.

J’ai participé à mes premiers championnats de France en minime à Toulouse et je m’étais déjà retrouvé en finale. Ce championnat de France m’a encore plus motivé dans mon choix de consacrer ma vie à l’escalade de haut niveau.

 

Quelles ont été les étapes pour atteindre le très haut niveau en Bloc ?

A l’époque où j’ai commencé l’escalade en compétition, il fallait faire de la difficulté pour participer aux compétitions internationales. Le circuit de coupe d’Europe jeune de bloc n’existant pas encore.

Donc de minime à junior 1 j’ai décidé de faire de la difficulté mais j’ai toujours été plus attiré par le bloc. Mon lieu d’entrainement était d’ailleurs une salle de bloc et j’allais en falaise très régulièrement car la pratique en extérieur reste un vrai plaisir pour moi. Je savais qu’en sénior je voulais vraiment m’investir en bloc donc je n’ai pas voulu prendre de retard et je m’y suis consacré exclusivement dès Junior 2.

J’ai demandé à Laurent de me préparer au haut niveau pour le bloc, ce qui ne m’a pas empêché d’être champion de France de difficulté jeune et d’être qualifié pour le Championnat du Monde à Edinburgh en 2010.

En 2011, j’ai participé à mes premières coupes du Monde de bloc sénior. En septembre cette même année j’ai décidé de prendre une année sabbatique et quittais mon CDI de charpentier-couvreur afin de me consacrer pleinement à mon projet sportif. J’en ai profité pour passer mon Brevet d’Etat escalade et mon diplôme d’ouvreur national.

En 2012 à la grande surprise de tout le monde, je suis arrivé en finale de la Coupe du Monde de Vienne (Autriche) alors que personne ne me connaissait. Après le Championnat du Monde 2012 à Paris Bercy, la tête de l’équipe de France de bloc a été donnée à Rémi Samyn et Nicolas Januel qui ont tous les deux créé le pôle France de Fontainebleau. Ils m’ont demandé de rentrer dans le pôle. J’ai alors quitté mon Lot natal pour Fontainebleau où je suis toujours.

A partir de là j’étais dans le top 10 mondial plusieurs années de suite, j’ai remporté 2 championnats de France et j’ai fait de nombreux podiums internationaux dont un en Coupe du Monde en 2014.

 

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Désormais, tu as laissé la pratique compétitive du bloc de côté pour te consacrer à la difficulté, pourquoi ce choix ?

En 2016, j’ai commencé à me poser des questions avec l’évolution du bloc et sa médiatisation. Le style proposé devenait des mouvements explosifs, dynamiques et de coordination. Style qui ne me convenait pas forcément.

J’avais aussi un peu besoin de changer d’air et de donner un nouvel élan à ma carrière. C’est pourquoi j’ai choisi de m’orienter vers la difficulté car l’évolution de cette discipline a bien changé depuis ces dernières années avec un style plus orienté vers le bloc. Ce qui me permet également de devenir plus polyvalent en vue des Jeux Olympiques. Je m’y intéresse beaucoup même si la vitesse n’est pas mon fort. Je voudrai tout d’abord passer un cap en difficulté.

Cette année j’ai passé 7 / 8 mois à ma reconversion, j’avais conditionné mon corps à un effort intense sur 5 à 8 mouvements alors qu’en difficulté l’effort est beaucoup plus long sur une quarantaine de mouvements. J’ai donc dû changer les automatismes que j’avais ancrés en moi pendant ces années de bloc.

J’imaginais ma reconversion plus simple, elle s’avère plus difficile que ça. J’ai rencontré quelques difficultés dans la préparation j’ai connu et j’ai appris ce qu’était le surentraînement. Malgré cela j’ai quand même réussi à faire 4ème au Championnat de France de difficulté en juin dernier. Ce résultat me permet de participer aux étapes de coupe du Monde de Chamonix et Briançon cet été. Après quelques difficultés dans ma préparation, j’ai la chance de pouvoir aller faire des compétitions au-delà de nos frontières alors je compte bien en profiter pour me faire plaisir.

 

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Dans quelles conditions financières as-tu évolué dans le monde du haut niveau ?

J’ai arrêté le cursus scolaire classique en 3ème. Entre mes 15 ans et mes 20 ans, j’ai décidé de faire un apprentissage en charpente-couverture chez les Compagnons du Devoirs où j’étais salarié avec mes 39h semaines. Je m’entrainais 3 à 5 fois par semaines. Ce qui me semblait trop peu pour pouvoir faire les résultats que j’espérais.

Suite à mon investissement à temps plein à l’escalade en 2011, c’est là que ça s’est compliqué. J’avais passé mon BE d’escalade ce qui m'a permis d’exercer en tant que moniteur d’escalade et ouvreur national. En plus de l’aide de mes sponsors, de certaines aides de l’état et de la fédération, j’ai un statut d’indépendant qui me permet d’équilibrer mes besoins annuel. Malgré mes résultats internationaux, je ne peux pas vivre que de l’escalade.

J’essaie de travailler 6 mois avec un rythme soutenu pour pouvoir avoir 6 mois avec moins de travail et me libérer du temps pour m’entrainer et partir en compétition l’esprit tranquille.

Mon but, c’est de pouvoir libérer le maximum de temps afin de me consacrer à mon entraînement et mon projet sportif.

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Quels sont les projets que tu as en tête ?

Tout d’abord les 2 étapes de Coupes du Monde de cet été. Après à voir si la saison continue ou pas et si ce n’est pas le cas je reprendrais la préparation afin de progresser en difficulté en gardant un œil sur l’Olympisme.

 

Un mot pour la fin ?

Au sein de ces années de haut niveau j’ai beaucoup appris sur moi et je prends toujours autant de plaisir même si dernièrement j’en ai perdu le sens. Mais je n’oublie pas le jeune grimpeur lotois et passionné que j’étais, le plaisir est la base de tout et ce plaisir se cultive…

 

Son site:

http://www.jeremybonder.com/