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Interview Mathieu Besnard

 

 

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Mathieu, je grimpe depuis l’âge de 14 ans, j’ai commencé l’escalade en colonie et après le virus m’a piqué. Je me suis inscrit en club, pratiqué en Fac de sport mais à la fin de mes études j’ai eu un accident de la route où j’ai manqué de perdre ma jambe gauche. Au début, ma jambe risquait d’être amputée mais l’intervention des médecins urgentistes ainsi que les nombreuses opérations par la suite m’ont permis de la garder. Ma passion pour l’escalade m’a aidé à me remettre sur pied et j’ai récupéré 75 % de la mobilité de ma jambe.

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Quel est votre parcours en tant que compétiteur ?

Je me suis mis à la compétition en 2012 et j’ai intégré l’équipe Para-climbing, depuis j’ai fait toutes les compétitions dans la catégorie RP3 : déficience physique et neurologique légère.

C’est-à-dire : 3 championnats du monde, plusieurs championnats de France, 2 championnats d’Europe et quasiment toutes les Paraclimbing Cup que ce soit en difficulté ou en bloc. Chaque année, j’ai suivi tout le parcours.

Quelques résultats :

2012, Championnat de Monde : 3ème

2014, Championnat de Monde : victoire

2016, Championnat de Monde : deuxième

2 victoires en championnat d’Europe (2013 et 2015)

Il y a eu chaque année plusieurs open internationaux dont à chaque fois des victoires.  Et en 2017 ; 3 étapes internationales ( Briançon : 1er , Sheffield : 1er et Edimbourg : 1er ) qui m’ont permis d'obtenir à la fin le titre de vainqueur de la 1ère  paraclimbing world cup...

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Et comment s’est passé votre saison 2017 - 2018 ?

Cette année, victoire au championnat de France, mais suite à des soucis au niveau du cœur je n’ai pas pu participer à la Paraclimbing Cup.

Je suis un peu frustré car je partais vraiment confiant. Dans le milieu du sport, quand on est athlète on n’est pas à l’abri d’une blessure ou d’un souci et c’est comme ça.

C’est dommage parce que j’avais bien travaillé cet hiver, j’avais changé mes méthodes d’entrainement et j’avais gagné le championnat de France mais je dois me contenter de ce titre pour la saison.

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Comment définirais-tu l’handi-escalade ?

L’handi-escalade n’a rien de différent avec l’escalade chez les valides. On a la même envie que les valides mais pas les mêmes entrainements et pas la même pression. C’est plus difficile en terme de haut niveau, d’en vivre. On bosse tous à coté et c’est pour cela qu’on ne peut pas subir les mêmes charges d’entrainements.

Mais les exigences ne sont pas non plus les mêmes. En final, on est sur des voies (en RP3) dans le 8a+, c’est loin du 8C / 8C+ des finales classiques chez les hommes.

Chaque catégories a son niveau, plus le handicap est lourd, plus les exigences sont moindres. Mais même dans les handicaps les plus lourd le niveau demandé dépasse le 7b/ 7b+.

 

Quelles sont les catégories l’handi-escalade en compétition ?

  •           Amputés (supérieur / inférieur)
  •           Paralysie
  •           Déficience physique
  •           Déficience visuelle

 

Avec à chaque fois des sous-classes suivant le degré d’handicap. Même s’il y a souvent des regroupements, il n’y aura jamais de format juste.

En 2012, on multipliait la hauteur dans la voie par le degré d’incapacité. Le souci c’est qu’un grimpeur avec un très lourd handicap pouvait faire 3 prises et faire plus de points qu’un grimpeur ayant fini la voie.

Depuis les compétitions ont été remaniées afin de regrouper des compétiteurs avec des handicaps similaires. Mais il y aura toujours une forme d’injustice parce que pour un même handicap, les récupérations ne sont pas les mêmes.

Mais au-delà de l’enjeu sportif, dans l’handi-escalade, on se regroupe, on fait des compétitions, il y a un enjeu, on veut faire le mieux mais on s’entend tous bien aussi.

 

D’après toi, qu’est-ce qui freine le développement de l’handi-escalade dans sa pratique en club ?

Je pense que le frein à la pratique de l’handi-escalade, ce n’est pas les clubs et les structures. Presque toutes les structures sont prêtes à accueillir une personne en situation d’handicap. Après le vrai souci, c’est que les personnes en situation d’handicap ne savent pas qu’elles peuvent pratiquer l’escalade. Il y a vraiment un effort à faire là-dessus.

Il y a une vraie volonté d’encadrer dans les clubs. Et la plupart des structures sont adaptées.

Pour l’extérieur, c’est un autre débat dû aussi au manque d’accessibilité des secteurs. Il manque des sites écoles ou des handi-grimpeur pourraient pratiquer en falaise. Cela demande aussi un aménagement du chemin d’accès.

Aujourd’hui, avec l’arrivée de l’escalade aux Jeux Olympiques, on pourrait espérer que l’handi-escalade entre aux Jeux Paralympiques. Et si un jour cela se produit, j’aimerais faire partie de l’aventure.

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Crédit photo : FFME, Climbing Technology, Kairn.com