Interview Romain Cabessut - Ouvreur occitan aux JO de Tokyo
Informations relatives à la pratique sportive à compter du 8 avril 2021

 

Interview Romain Cabessut - Ouvreur occitan aux JO de Tokyo

ESCALADE - 22/03/21 à 15:29

 

Les ouvreurs sont la base de toute la pratique sportive de l'escalade. Sans eux, pas d'entrainements et pas de compétitions. À l'approche des Jeux Olympiques de Tokyo avec la présence pour la première fois de l'escalade sportive, un occitan va pouvoir y prendre part. Romain Cabessut, licencié de Beyrede Montagne Escalade dans les Hautes Pyrénées a été sélectionné en tant qu'ouvreur pour les premiers Jeux Olympiques avec l'escalade sportive.

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Bonjour Romain, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaitraient pas en Occitanie ?

 Je m'appelle Romain Cabessut, j'ai 38 ans et je suis ouvreur professionnel en escalade depuis 2005. J'ai passé mes diplômes d'ouverture national et international me permettant de devenir ouvreur professionnel.

 

Comment as-tu découvert l'escalade ?

 J'ai découvert l'escalade avec mon père à l'âge de 12 ans à peu près. Mes parents pratiquaient la montagne. Et c'est mon père qui m'a amené à mes premières sorties escalade et ensuite j'ai commencé à faire de la compétition, à m'entrainer en club et à grimper de plus en plus.

 

Et pourquoi t'es-tu dirigé vers l'ouverture ?

En ayant été compétiteur pendant de nombreuses années en catégories jeunes puis en sénior, j'ai eu envie en fait de voir ce qu'il se faisait de l'autre côté de la barrière, c'est à dire du côté organisation et préparation. Ça m'a vraiment donné envie d'essayer d'ouvrir moi-même mes propres voies, de proposer des itinéraires pour les autres grimpeurs. Petit à petit, j'ai commencé à aimer ça et à pratiquer de plus en plus. C'est comme ça que je suis devenu ouvreur.

 

Comment prépares-tu l'ouverture d'une voie d'escalade ?

 Pour une ouverture en compétition, on nous met à disposition un mur d'escalade de difficulté ou un mur de bloc. On a le mur vide avec les prises et les volumes au sol. Ensuite, on est une équipe de 3 ou 4 ouvreurs et à nous d'imaginer, de créer et d'installer les passages que l'on imagine, que l'on a anticipé ou que l'on imagine sur place sur le moment. Et on met alors en place des prises, des volumes et puis on essaye tous ensemble pour voir si ça correspond au niveau et au style qui nous aient demandés.

MDaviet Rom Cabessut 

 

Quelles ont été tes difficultés dans la pratique de ton métier ?

 Alors l'ouverture, effectivement, c'est une pratique qui demande du temps et un peu d'expérience en escalade. Il faut avoir quelques années de pratique pour savoir à peu près de quoi on parle. Ensuite, il faut pratiquer pour acquérir des automatismes, c'est comme tou, comme la musique, comme le dessin. Et par la suite, essayer de ne pas renouveler des erreurs que l'on a pu déceler lors d'ouvertures passées que l'on a pu mettre en place. On essaye de progresser à chaque fois en essayant de proposer de nouvelles choses. Quelques fois ça marche et d'autres fois ça marche moins bien.  Mais c'est une pratique de créativité et puis d'expérience que l'on renouvelle à chaque fois.

 

Comment vis-tu ta nomination en tant d'ouvreur pour les Jeux Olympiques de Tokyo ?

Ça a été un très grand honneur et une très grande joie d'avoir été sollicité pour intégrer l'équipe d'ouvreur des Jeux Olympiques. Ensuite, il y eu l'arrivée du Covid-19 et l'annulation des JO l'an dernier, donc le report pour l'année 2021. C'est une très grande excitation de pouvoir participer à l'ouverture de la compétition la plus prestigieuse.

 

Avant ces JO, quel était, pour toi, ton plus grand accomplissement ?

J'ai eu la chance de participer à l'ouverture d'énormément de compétitions au niveau national et à l'international. J'ai ouvert sur trois championnats du monde et ensuite le fait d'avoir été choisi dans l'équipe des JO, c'est la consécration, le point à atteindre. Le jour où j'ai appris que j'étais intégré à l'équipe d'ouvreur, j'étais ravi ! Pour moi, c'était l'accomplissement de 10 années intenses d'ouverture de compétitions.

romain cabessut itw 

 

Quelles sont les étapes pour devenir ouvreur international pour ceux qui voudraient suivre tes pas ?

 Je pense que pour devenir ouvreur, il faut avoir quelques années de pratique en escalade sportive et avoir participé à des compétitions, c'est vraiment un atout. C'est un gros plus dans l'expérience puisqu'en ayant été compétiteur, on sait quel est le cahier des charges, on sait ce qu'on doit proposer, on connait un peu les attentes de l'organisation. Ensuite, il faut pratiquer l'escalade régulièrement pour avoir un bon niveaiu, pouvoir proposer des choses de plus en plus difficiles. Puis c'est surtout un travail d'équipe, un travail d'écoute et de création, il faut être curieux, essayer des choses, en proposer. Il ne faut pas avoir peur quelques fois de tenter des choses que l'on ne maitrise pas forcément complètement, et puis on voit si ça marche ou si ça ne marche pas. À chaque fois on repart d'une page blanche et on essaie de réinventer un scénario. Voilà, je pense qu'il faut être motivé, curieux et un peu créatif.

 

Comment gères-tu l'arrivée de nouvelles prises sur le circuit ?

Effectivement, ces dernières années, la création des prises a vraiment explosé, on a de plus en plus de fabricants, de marques de modèles, de la diversité dans les prises et les volumes qui sont proposés. En tant qu'ouvreur régulier, on en connait la plupart. Ensuite, effectivement chaque année on découvre des nouveaux modèles. Quelques fois, on en découvre sur une ouverture de compétition, c'est à dire que les compétiteurs les découvrent en même temps que nous. Du coup, parfois on a de nouvelles formes, de nouvelles textures et ça permet d'essayer d'imaginer de nouvelles choses, d'en inventer d'autres. C'est sûr que ce n'est pas facile de connaitre toutes les gammes de tous les frabicants mais chaque fois on a la possibilité d'inventer de nouvelles séquences de mouvement, des nouveaux passages avec ces nouvelles prises.

 

Après les JO, que vises-tu comme objectifs ?

Je suis toujours motivé pour continuer à ouvrir en compétition. Après, je me dirige petit à petit vers la formation d'ouvreur qui est une activité en demande par rapport aux salles d'escalade et aux jeunes qui veulent rentrer dans un cursus de formation d'ouvreur. Ensuite, continuer à ouvrir sur des compétitions nationales, internationales parce que c'est vraiment le métier que j'aime et que j'espère pouvoir continuer à pratiquer le plus longtemps possible.

 

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Photos : Julia Cassou Photography - Marc Daviet - FAB